Merci la police municipale FAIT VERIDIQUE

                                                      L E   M U N I C I P A L

       

 

 

                                     1° chapitre…..Les parapluies.

 

 

 

               Il pleut sans interruption et à grosses gouttes depuis dix heures du matin.

               La journée ne sera évidement pas bien bonne pour tous les vendeurs ambulants et pour tous ceux qui ont loué un stand à la foire. Une nuée de parapluies pourtant déambule dans les rues du centre de Mollins de  Rey, cette petite ville banlieue de la mégapole de Barcelone, en pleine Fête de la Candelera.

                Mais ce n’est pas seulement la pluie qui gâche la journée des artisans et des vendeurs de tous poils, tous ceux qui ont loué, trop cher d’ailleurs, quelques mètres carrés de trottoir à la municipalité. Certains n’ont qu’un simple poste et d’autres plus fortunés ont la chance d’être abrités des intempéries sous un stand confortable. Mais  froid et humidité sont presque allégrement partagés en commun. Non, ce n’est pas seulement la météo… la crise est là. Les recettes se ratatinent aussi vite que ne flambent les prix des poste de vente. Déjà six heures du soir et toutes les escarcelles restent maigrelettes.

                Les vendeurs de tout et de rien, comme ceux qui proposent des montagnes de nourriture en tout genre, mais toujours soit disant de fabrication artisanale, font contre mauvaise fortune bon cœur. Enric avec son épouse Montserrat sont du nombre, ils regardent la pluie tomber inlassablement, sachant qu’elle ne cessera pas et que l’on n’y peut rien.

                Que faire d’autre, Montse vend dans la rue depuis vingt cinq ans, il lui serait très difficile de retourner à une autre forme de travail. Les désagréments météorologiques de certains  week end (jours de vente) sont compensés par une grande liberté d’horaire en semaine, moment où les autres, à leur tour, sont au charbon.

                 Le couple s’est connu sur la magnifique île de Majorque. Elle y vendait, profitant de la saison touristique, le soir à Cala d’Or et sur certains marchés hebdomadaires, comme celui de Santany. Il avait son petit voilier ancré à six kilomètre à Cala Figuera. Un mois après la naissance d’Alicia, le sloop a été vendu et,… direction la péninsule pour tous les trois.

                            -Tu verras, Montse, avec ma peinture, nous pourrons toujours vivre.

                  Tu parles ! Grossière erreur, le peintre barbu vagabond, toujours pieds nus, qui écoulait aquarelles et acryliques en bonne quantité en profitant d’une certaine image, fait fiasco quant il a quitté son île. Fini les touristes Allemands emportant un petit souvenir de vacance vers leur grand nord. Alors, comme il faut nourrir trois bouches  et payer les maçons construisant la maison, Enric à son tour est devenu artisan.

                  Tous deux ils ont fabriqué des bonnets de fourrure synthétique, des lampes à huiles parfumées puis se sont spécialisés dans des articles pour enfants. En personnalisant des bandeaux pour les petites filles, ils ont, pendent des années, très bien gagné leur vie mais la mode change, il leur a fallu rapidement trouver autre chose. La Montse, qui n’a pas que de mauvaises idées, a acheté des milliers de poupées, elles vont être à leur tour personnalisées. Un modèle pour les filles, complété bientôt par un autre pour les garçons ; tout ce petit monde est aujourd’hui bien protégé de la pluie.

                Il peut sans interruption et il fait froid, enfin ce n’est pas une température arctique, mais ce début  février est plus rigoureux qu’à l’accoutumé. Enric a aujourd’hui plus de soixante deux ans, n’ayant presque jamais cotisé à une quelconque caisse de retraite, il lui faut bosser, encore et pour longtemps ; tenir dans les rigueurs de la rue en faisant bien attention à la santé, ne pas prendre froid pour rester disponible à la vente.

                  Il pleut sur la ville et une nuée de pépins, souvent gris ou noir pour les messieurs et multicolores pour les dames, s’entrechoquent  en défilant entre les étales des artisans aux sourires un peu fanés, dans toutes les rues du centre.

                  Poupées pour les filles, pour les garçons aussi, poupées qui rient quand on appuie sur le petit mécanisme enfoui dans leur poitrine. Les adultes aussi parfois veulent s’amuser ou les pendre dans la voiture. Elles sont là, bien rangées en ordre alphabétique attendant sagement de partir vers leurs destinés de poupées.

                 Parfois, un parapluie s’arrête et quelques Euros bienvenus viennent gonfler la caisse qui désespérait. Il y a quelques mois seulement les recettes étaient bonnes, quelle différance aujourd’hui…..

                  Il pleut, ceux qui ont la chance d’avoir la toile d’une tente les abritant, comme Enric maintenant, regardent les plus défavorisés, mal protégés par des plastiques où de grosses poches d’eau s’accumulent sans cesse. C’est précisément le cas du vis-à-vis qui vend, essaye plutôt de vendre d’excellents pots de confiture. La jeune commerçante pousse à l’aide d’un balai, une poche qui éclate à terre comme les bombes à eau que des garnements farceurs jettent parfois. Mieux vaut ne pas se trouver au dessous, ce n’est plus une douche mais un bain vertical qui vient d’en haut.

 

 

                                2° chapitre Le municipal

 

                  Ils se promènent par paire, on les reconnaît de loin ; comme parapluie, ils n’ont droit  qu’à une simple casquette plate. Heureusement que leurs blousons aux vives couleurs réfléchissantes sont imperméables. Mais l’eau ne les épargne pas. Peut-être pour cela paraissent-ils d’une permanente humeur de dogue. Lui et elle, policiers municipaux de Mollins De Rey font leur travail malgré les intempéries, la ronde de surveillance et de dissuasion. A leur ceinture tout un bataclan qui les oblige à marcher pratiquement bras écartés, comme des cowboys prêts à dégainer. Les pistolets sont d’ailleurs bien là.

                 Elle, s’arrête juste en face d’Enric, lui tournant le dos et parle avec la voisine de la femme aux confitures. Lui, reste à quelques mètres. Elle recule, pile au moment où de nouveau le balai s’élève. Aïe aïe aïe, dans deux secondes le bain vertical arrive. Enric aurait du crier, il ne l’a pas fait. C’est par geste qu’il veut attirer l’attention. Mauvais mime, cela va lui couter cher, très cher.  

-         Vous vous moquez de la police ?

                    Monsieur le municipal a les yeux durs, Enric comprend immédiatement que l’homme n’intervient pas seulement pour plaisanter. Il s’est avancé de deux pas et fait face au vendeur de petites poupées, bien campé sur ses pieds écartés, les deux mains sur son ceinturon de cuir noir où est pendu le pesant bric à braque nécessaire à son importante fonction.

                                  -Pardon ?

                                  -Je répète, vous vous moquez de la police ?

                                  -Mais non voyons, pas du tout, j’ai seulement essayé par gestes d’empêcher  que votre collègue ne se fasse doucher.

                                   -C’est faux, je vous ai bien vu ! Vous vous moquiez dans le dos de mon équipière, profitant qu’elle ne pouvait vous voir.

                Alors, patiemment Enric explique, l’eau, la  grosse poche formée et la marchande de confiture poussant par en bas.

                                   -Demandez donc à la vendeuse, ici même, en face de moi.

                  L’homme ne s’est pas avancé pour se renseigner sur quoi que se soit, il veut faire du mal, aucune explications ne pourra le satisfaire. Il se fout des confitures et de la possible douche, aujourd’hui quelqu’un doit trinquer. Son obstination malsaine doit porter ses fruits.

                                     -Vos papiers !

                                     -Mais enfin, c’est ridicule.

                                     -En plus vous me traitez de ridicule, des insultes maintenant ?

                   Evité de rentrer dans son jeu, cet homme est visiblement fou à lier, c’est dans la ville très proche de San Boi de Llobregat, où se situe le plus important centre psychiatrique de la région, qu’il devrait aller. Le cœur d’Enric qui pourtant en a vu d’autres se sent opprimé dans sa cage thoracique qui pousse un grand soupir ; un nœud se resserre sur son plexus et il sort ses documents d’identité.

                                  -Je ne vous ai pas traité de ridicule, c’est la situation qui le devient.

                  La collègue continue son papotage, toujours inconsciente d’etre le centre d’une polémique et la pluie qui s’en fout éperdument, tombe encore, inlassable. Momentanément abrité sous la toile de tente du poste d’Enric, le policier municipal ne se mouille plus. Il va en profiter pour se défouler.

                                  -Etranger en plus, vous êtes Français ?

                   Question idiote qui ne mérite pas de réponse. Moins l’on parle face à cette visible agression mieux cela vaudra. Par radio, l’homme à l’uniforme communique les coordonnées du simple vendeur de poupées, vérification indispensable… et s’il était recherché ? Grosse déception, le Français n’est pas un fugitif, qu’à cela ne tienne, il faut s’arranger pour l’encabaner tout de même. Alors vient l’assommoir, le coup de grâce.

                                  -Je vous ai vu, c’est un geste obscène que vous avez fait à ma collègue.

                   Ne pas lui dire qu’il est fou, ne pas lui dire, ne pas l’insulter, se maitriser à tout prix. Mais cette dernière accusation fait chanceler Enric  plus encore quand le policier mime en commentant ce qu’il prétend avoir vu.

                                  -Vous avez fait le geste de la tirer par sa queue de cheval, puis de prendre ses hanches en bougeant votre bassin comme dans un acte de copulation. Je vous ai vu. Je vais appeler pour que l’on vous embarque.

                    Non ce n’est pas un cauchemar, cette fois ci c’est grave, Enric devient livide et conteste avec extrême difficulté..

                                  -Vous vous trompez monsieur l’agent, si vous avez vu ce geste pourquoi en m’abordant, prétendre que je me moquais seulement de la police. Je n’ai de ma vie fait pareille chose, ni vis-à-vis d’une policière, ni d’ailleurs d’aucune autre femme.

                   Encore un clou à enfoncer de la part de l’uniforme jubilant maintenant :

                                   -Avouez votre geste et le juge au tribunal en tiendra compte.

                                   -Jamais, ceci n’a existé que dans votre imagination.

                     Le nœud sur la poitrine se serre encore d’avantage et le cœur fait mal, la coéquipière enfin s’avance et le municipal lui raconte.

                                    -Excuse-toi auprès de madame.

                   Difficilement Enric explique sa version des faits à la policière qui semble comprendre très bien la situation, presque incrédule après avoir écouté premièrement les accusations de  celui qui parait son chef. Enric n’en peut plus, il s’affaisse lentement pliant les genoux et s’assoit sur la chaussée ruisselante. Il ne sent pas son postérieur baignant dans l’eau pourtant froide.

 -Bon, c’est fini la comédie, debout simulateur !

                   Enric ne se relèvera pas, le choc est brutal dans la poitrine, une douleur intense également dans son bras gauche  le tétanise, la tête tourne. Il tombe sur le dos.

                   Ce n’est pas monsieur le policier municipal qui va téléphoner ou appeler une ambulance avec sa radio, ce sont des voisins qui jusqu’à présent n’osaient intervenir mais suivaient silencieusement la scène. La Croix Rouge espagnole évacue bientôt le vendeur de poupées. Et Montse son épouse revient de la longue pause café, elle coure derrière le policier et celui-ci lui conte sa petite histoire pour rire.

                                   -Mais vous êtes fou. Mon mari un incapable d’une telle imbécillité.

                                  - Comment ? Je suis fou ? Vos papiers !

                     La Montse ne perd pas son temps, elle plante là le triste sir et coure vers le centre mobile de la Croix Rouge, follement inquiète, elle sait qu’Enric à déjà eu de petits problèmes avec son palpitant comme il dit.

 

 

                       

                    Nul ne sera jamais ce qui a été écrit sur le compte rendu de la patrouille de police municipale ce jour là. Probablement un insignifiant RAS, rien à signaler. Le lendemain, un

simple entrefilet, dans un journal local, mentionnera la mort d’un vendeur de la Fêtes de la Candelera à son admission aux urgences d’un hôpital, d’une bien banale crise cardiaque.

                     A la lecture de ce bref article, un policier municipal se fend d’un grand sourire, il se dirige vers une petite chambre transformée en bureau où trône son ordinateur. Il cherche un calepin de cuir et l’ouvre avec une visible jouissance.

                     Sur la première page, un seul mot et une croix en face…matraque…

                     Sur la deuxième page, trois mots et une croix en face…suicide en prison…

                     Sur la troisième page, quatre mots et deux croix en face…patrouille nocturne en solitaire…

                     Sur la quatrième page, seulement deux mots…crise cardiaque… Le policier saisit un beau stylo à bille en argent, acheté spécialement pour le petit  calepin et inauguré depuis plus de trois ans déjà, il trace avec application et délectation une deuxième croix à droite de la première.

                      Monsieur se demande, curieux et anxieux, quelle pourrait être la rubrique de la cinquième page.

 

 

                                                             FIN

                          

                                  

                                  

NOTA  Cette aventure pourrait être cocasse si elle n’avait pas réellement vécue par l’auteur. La fin a été quelque peu modifiée car, fort heureusement, la crise cardiaque n’est pas survenue …mais de peu, de très peu.

mardi 07 février 2012 17:14


Les quatres maisons

                                                 LES QUATRE MAISONS

                                            Chapitre I

                                                   La première maison.

                      Il semblait à Albertine que la disgrâce avait envahi sa vie au moment même de sa naissance. Maudit soit ce funeste jour-là! Comment diantre ses parents avaient-ils osé l’affubler d’un prénom aussi  ridicule ?

          Titine à la maison  pour papa maman, s’ait vu attribuer par ses deux frères aînés l’horrible surnom de Pipine qui la mettait dans une rage folle. Et bien sûr quand elle pleurait, les garnements riaient de plus belle. A l’école primaire elle a très vite déchanté, pensant qu’à part les deux petits hommes de la famille, personne ne se moquerait  enfin plus d’elle. Complète désillusion, Pipine est réapparue bien vite, convertissant la fillette en une renfermée sur elle-même, inattentive aux leçons de la maitresse,  toujours dépassée, en énorme difficulté de compréhension.

           Ce n’est qu’a partir de la puberté qu’Albertine a vu son entourage s’intéresser a elle. Surtout du côté  du genre masculin car les formes nouvellement développées ont rapidement attisé une convoitise toujours visiblement  excessive. Les garçons de tous âges, pas tout à fait idiots, ont cessé soudainement leurs moqueries en espérant une possible conquête. Les filles, elles, ont redoublé de méchanceté.

           Peu de jours après ses quinze ans, la belle adolescente s’est transformée en fontaine intarissable quand un chauffard, sans permis de conduire, en état d’ébriété, lui a volé sa maman qui traversait innocemment une rue, tranquille sur un passage pour piéton. Papa a essayé, sans succès, de noyer son chagrin dans des flots d’alcool, perdant son travail et tombant dans une spirale dépressive sans fin. Il est devenu agressif et quand l’ainé de ses petits gars, son préféré bien qu’il l’ait toujours nié, s’est engagé dans les paras, cela a tourné carrément à la brutalité.

             Pire encore quand le vieux, comme elle l’appelait, a commencé à regarder, d’une certaine manière, les appétissantes courbes de son anatomie… en laissant peu de doute sur des intentions possibles.

             Ce père que la vie lui a accordé sans aucune magnanimité, n’a heureusement jamais osé passer à l’acte abominable, mais Albertine  a fugué. Une première fois rattrapée immédiatement par les gendarmes alors qu’elle voulait rejoindre la grande ville de Lyon en auto-stop Une deuxième fois prise à Saint Etienne  en flagrant délit de vol de nourriture dans une grande surface. La troisième tentative sera la bonne.

               Peu avant qu’elle n’atteigne ses dix sept printemps, la fugueuse s’incorpore au sein d’une bande squattant une vieille usine désaffectée dans le troisième arrondissement de la capitale Rhône-Alpes. Ces plus ou moins loubards voient leur effectif augmenté d’une belle jeune fille. Patricia, Patty ou tout simplement Pat donne à tout homme ce dont il a envie, sans contrainte, toujours consentante et bourrée jusqu’aux paupières de marie ou de hachich.

             Celui qui l’aidera a accoucher moins d’un an plus tard était peut être le père,  en tous cas, ses trois années de médecines ont bien servi  la jeune parturiente. Les possibilités de  réflexion et d’analyse bien amoindries par les deux drogues dites douces, Albertine allias Pat, a déjà repéré l’endroit où elle abandonnera son fils pour lequel d’ailleurs elle n’envisage pas même un quelconque prénom.

             A quelques centaines de mètres du squat, l’est une petite rue tranquille, bordée d’un seul coté par quatre maisons bourgeoises, avec leurs respectifs jardins, verts et fleuris, soigneusement entretenus Derrière des grilles très semblables, les constructions, elles, sont visiblement différentes mais ont en commun un aspect bien cossu, confortable et douillet. Sans aucun doute, l’on doit y vivre de la plus merveilleuse des façons.

                   Le couple qui habite la première des quatre maisons a été discrètement surveillé ; il paraît des plus sympathiques, et, quelle joie, madame elle aussi avait un ventre bien rond il y a quelque temps. Plusieurs fois dernièrement, Pat  a vu une poussette près de la porte d’entrée, engin dernier cri,  des freins semblables à ceux des vélos, une capote pour protéger le bébé et un petit parasol. Le chien de la maison, minuscule boule de poils blancs, paraît avoir plus de plaisir à dormir juste à côté, la tête dans la toile tendue entre les trois roues, que de s’installer dans la niche jouxtant la grille de la rue.

                  Sur la boîte aux lettres une plaque est vissée avec comme inscription, en lettres toutes simples, R. MONFORT. Il y aurait probablement deux noms si ces gens la n’étaient pas mariés. N’est-ce pas là un signe de bonne augure, alors pourquoi  pas eux ? 

                  En cette fin du beau mois de mai, il est huit heures du soir, la nuit ne va pas tarder, et Solange Monfort est en admiration devant une petite chose qui dort du sommeil du juste, repue après une savoureuse tétée. Pourtant la maman se met soudain à pleurer, à la maternité, personne n’a pu lui expliquer pourquoi cette infection deux jours après l’accouchement. Opérée d’urgence elle a apprit en se réveillant, que plus jamais elle ne pourrait concevoir la vie. Roger ne doit pas tarder. Son travail l’a une fois de plus retenu.  Le chien n’arrête pas d’aboyer depuis plus de vingt minutes quand le téléphone sonne.

                        -Allo…

                        -Madame Monfort, regardez devant votre porte, s’il vous plaît !

              Puis la communication est interrompue. Une plaisanterie sans doute ; un coup d’œil consciencieux entre les rideaux de la salle à manger… personne n’est en vue. A peine la porte entrebâillée, juste retenue par la chaînette de sécurité, Solange le voit. Il est là, dormant lui aussi, alors que Pipon le jeune griffon assagit lui hume le visage. Enveloppé dans une couverture, le tout posé dans un grand sac de sport dont la fermeture éclair n’a pu être fermée complètement.

                         -Oh mon Dieu !

               Expression très adéquate, c’est vrai que la famille est croyante et pratiquante. Elle en réfère à son Dieu en toute occasion, en toute circonstance. Dés le hall d’entrée, le ton est donné. Une Vierge Marie souhaite la bienvenue aux visiteurs en leur donnant une bénédiction. Dans la salle à manger, une tapisserie reproduisant La Scène de Léonard de Vinci s’affiche au dessus d’un buffet de merisier style régence. Dans chacune des trois chambres un crucifix trône au-dessus du lit. L’homme efflanqué, coiffé d’une couronne d’épines, cloué sur ses bois, mort ou trop exténué, a les yeux fermés et ne peut voir, heureusement, les galipettes de monsieur et madame Monfort.

            Roger, complètement affolé, arrive en même temps qu’une voiture de police toutes sirènes hurlantes et dont les gyrophares bleus se réffechissent sur les vitres alentours. Tout le quartier est aux fenêtres ou sur le pas des portes, y compris bien sûr les habitants des trois autres maisons de la  très courte rue. Immédiatement après, c’est une autre douce mélodie qui s’arrête devant la grille, celle d’une ambulance.

               Une enquête va rapidement conduire à la vielle usine désaffectée, Pat, n’est plus là, comment s’appelait-elle en réalité ? Personne n’en a la moindre idée. Une difficile procédure de demande d’adoption se met en place pour le couple ravi auquel monsieur le juge confirme la garde provisoire du bébé.

                  Après plus d’un an de paperasses, mille et une questions sur la famille, sa moralité et patati et patata, Solange et Roger adressent remerciements à tous les saints du Paradis. Hervé est officiellement confirmé comme un des Monfort. Il n’aura jamais l’opportunité de connaître sa véritable mère ; Albertine,  allias Patricia, à plusieurs centaines de kilomètres de Lyon, ne pourra non plus prétendre à un droit hypothétique sur son enfant abandonné. Depuis trois mois déjà, elle s’est envoyée très haut dans les nuages en un tout dernier shoot, sciemment surdosé. Physiquement méconnaissable, ayant volontairement détruit ses différents documents d’identité, elle est partie pour toujours : elle repose, anonyme, dans le discret carré aparté d’un grand cimetière.

                  Il est temps ! On a que trop attendu. Les fonds baptismaux de l’église de la Sainte Trinité sont une triste cuvette taillée dans une pierre massive et grise, emplie d’une eau sans doute bénie mais où maintes grenouilles font une rapide trempette de doigts avant de se signer. Ils vont recevoir les larmes d’incompréhension d’un petit enfant qui a fait ses premiers pas depuis peu.

                  Hervé comprend-il ce qui lui arrive ? Non évidement, mais ce n’est pas grave puisqu’il rentre désormais dans la grande famille de la fraternité chrétienne catholique. Il pourra maintenant mourir en toute tranquillité, sans risque aucun de se retrouver dans les flammes de l’enfer. Croyant ? Pas encore ; pour croire, il faut d’abord toute une éducation. Un patient et méticuleux apprentissage où systématiquement la part du doute est effacée, gommée, pas même envisagée en fait, ou alors sous la forme d’un très vilain péché.

                  Il faut inculquer la peur à ce petit être fragile. Lui enseigner la foi qui scellera les solides barreaux de sa prison dorée. Avec un peu de chance il ne se réveillera jamais et transmettra à son tour dogmes, sornettes et couleuvres. Il n’y a qu’un an que ses yeux sont ouverts et le futur voile de la croyance est déjà prêt pour l’aveugler…Plus tard au catéchisme, des valeurs très particulières, toutes apparemment voulant faire de lui la perfection humaine, lui seront données en même temps qu’il assimilera d’invraisemblables affabulations.

                 Le bon chrétien devra souvent fermer les yeux sur bien des méfaits, voir des atrocités faites tout au long de l’histoire au nom d’un Dieu de grande bonté. Crimes souvent commis par cette magnifique église elle même. Cette institution barbare et inquisitoire qui est tellement fière, qu’elle s’en est auto sanctifiée. Il devra obéir, adorer, prier et suivre les consignes même en temps de conflit, dénoncer les vilains aux étoiles jaunes, aux drapeaux rouges ou aux cravates roses. Ecouter son délégué suprême sur terre, l’homme vêtu de blanc nageant dans l’opulence en prêchant la pauvreté…s’appuyant sur des textes antiques et dépassés, guide totalement incapable de s’adapter aux exceptionnelles conditions de notre temps moderne. Et surtout ne pas oublier de payer l’aumône quémandée par ses sous fifres d’ecclésiastiques. Si le Dieu d’amour ne mange pas, ses représentants sur terre ne peuvent pas boire que de l’eau. Il leur faut du bon vin et de la soie sauvage pour leurs cousins, afin qu’ils puissent y péter confortablement.  Que l’église ne  puise pas de trop dans ses réserves, ces richesses accumulées en presque mille cinq cents ans de vols et de pillages.

                  La première maison va modeler, à partir d’un enfant à la douce pâte, innocent à sa naissance, un adulte qui oubliera d’être. Ce verbe si beau quand il n’est pas suivi d’un quelconque adjectif ou complément d’objet. Il ne sera que ce qu’on a fait de lui, un animal bêêlant bon à tondre, la toile plombée de la profonde croyance l’ayant rendu aveugle. La peur l’empêchera à tout jamais d’ôter une pesante chape posée sur lui et qu’il pensera divine…

 

 

 

 

                                           Chapitre 2

                                          La deuxième maison.

                       Albertine, depuis sa naissance, n’a pas eu de chance ; du moins c’est elle qui le prétend. Comment diantre ses parents ont-ils osé l’affubler d’un prénom aussi ridicule ? Ses deux frères ont très vite transformé le charmant diminutif de Titine en horrible Pipine, jouissant de faire pleurer la petite fille.

                  Cela ne s’était pas arrangé à l’école primaire ni en secondaire du moins au début.  Quand des formes harmonieuses ont avantageusement  arrondi Albertine, plus tôt que les autres préadolescentes, les garçons ont changé d’attitude. Pas si bêtes pour tenter leur chance dans un flirt, ou voir, pourquoi pas, quelque chose de plus poussé. Beaucoup, du côté des filles, probablement par jalousie, ont redoublé de Pipine, de pipis et de méchantes « pines ».

                 A quinze ans maman est partie pour un monde soit disant meilleur, emportée sur un passage pour piétons par un chauffard sans permis… mais non sans alcool.

                 Papa hélas, lui aussi s’est réfugié dans la boisson. Il a perdu un  travail par ailleurs compromis par une grande vague de licenciement, épuration nécessaire dans sa boîte afin de réaliser  encore plus de bénéfices et de pouvoir délocaliser la production. Le père est devenu agressif, brutal ; puis un jour, peu après  que le grand ne se soit engagé dans les paras, une flamme malsaine s’est allumée dans ses yeux en regardant les courbes  bien prononcées de sa fille.

                  Albertine a fugué. Sa troisième tentative a été la bonne, cette fois la gendarmerie ne l’a pas cueillie sur la grand-route faisant du stop pour rejoindre Lyon. Une bande de jeunes squattant une vieille usine désaffectée dans le sixième arrondissement de la capitale Rhône Alpes, s’est enrichie d’une dénommée Patricia, vite diminuée en Patty puis en Pat.

                  La belle ado, grillant pétards sur pétards se remplit de hasch et de marie. D’autre chose aussi car elle fait le grand bonheur des garçons, elle est toujours disponible, toujours consentante, pas étonnant si son ventre va rapidement s’arrondir. Peut-être que c’est le père qui va l’aider à accoucher, dans ces cas là, trois années de médecines peuvent servir à quelque chose.

                  Pour l’enfant, c’est un petit garçon, la décision est prise depuis plusieurs mois. Pat a repéré, non loin de l’usine, une ruelle calme où seulement quatre maisons font face au mur décrépi d’un parc privé. Toutes sembles bien cossues, bourgeoises, et en apparence au moins, les habitants ne semblent pas être de ceux qui ont des problèmes économiques. Pourquoi avoir choisi la deuxième des quatre ? Aucune raison particulière, un détail peut-être a attiré l’attention de la jeune, mais les volutes de fumées lui ont fait oublie lequel. En tous cas c’est devant celle-ci qu’elle abandonnera son bébé.

                  Sur la boîte aux lettres fixée à la porte de fer forgé donnant accès au jardin devant la maison, une plaque toute simple.    Mr et Mme SABBA.

                  Le couple n’a pas d’enfant, deux fois Myriam en a perdu un, deux fois à ses trois mois de grossesse et les médecins n’ont pas pu lui dire pourquoi. Henri pleure parfois, il lui faut accomplir la loi, l’ordre de Yahvé.  « Tu procréeras » Il y a cinq ans qu’ils sont mariés et leur amour est fort. Tous deux se réfugient dans leur foi et prient le tout puissant pour avoir une digne descendance. Les frères et sœurs d’Henri sont partis en Israël, rejoindre la terre promise, ils font désormais partis d’une nouvelle colonie, implantée sur des terres récemment libérées de la tutelle arabe par la force, vivant avec leur fusil fixé à portée de main sur le tracteur qu’ils apprennent à conduire.

                Vie magnifique des pionniers colonisateurs qui attire irrésistiblement monsieur et madame Sabba, fiers de leurs origines, de leur Judaïcité, fiers qu’un  Dieu juste et équitable ait porté leur race au sommet de son élection, laissant en net sous-entendu que tous les autres resteront inexistants pour l’éternité.

                  Touf, le minuscule caniche  ne cesse d’aboyer, il est une heure du matin quand le téléphone, intempestif et agressif, sonne… ? Une voie féminine parle et raccroche immédiatement :

                            -Regardez devant votre porte.

                   Henri se lève, pas âme apparente dans le jardin mais Touf continue de plus belle. A peine la porte entrouverte précautionneusement, en laissant la chainette de sécurité, un juron retenti :

                             -Nom de Dieu ! Suivi d’un : –Pardon.

 

                                             *******************

 

                    Bien des années ont passée, tout vêtu de noir, de longues tresses de cheveux tombantes sur ses épaules, Samuel Moïse Sabba se frappe la tête sur l’une des grosses pierres du Mur  des Lamentation à Jérusalem. Il passe désormais sa vie entière à l’étude de la Tora et prêche avec conviction l’éviction totale de tous les Palestiniens, par l’extrême violence si nécessaire.

                   D’une forme plus conventionnelle cette fois, comme  un mystère inexplicable de la vie peut arriver, un autre bébé est venu agrandir la famille, un garçon, puis de nouveau quelques années plus tard.la petite dernière. Ils sont trois frères et sœurs qui se ressemblent. Albertine avait-elle remarqué sa similitude physique avec Myriam ? Personne ne pourra un jour lui poser la question, il y a très longtemps qu’un dernier shoot, sciemment surdosé, l’a propulsée dans un monde dit meilleur.

                   Samuel ne saura jamais qu’il aurait pu vivre en bon catholique pratiquant, tout aussi aveugle que lui, portant le gentil prénom d’Hervé sur ses mêmes épaules.

 

 

                                 Chapitre 3….

 

 

                              ….La troisième maison

                      Elle s’appelle désormais Patricia, que l’on raccourcit bien sûr fréquemment en Pat ; elle est persuadée que son vrai prénom  été la source de tous ses tourments depuis sa naissance. Maudits soient-ils, comment avaient-ils osé l’affubler d’un horrible Albertine, les parents sont décidément d’une inconscience !

                   Titine vite transformé en Pipine puis Pipi ou Pine par les deux garnements de frères rien que pour la faire enrager pendant que papa maman ne comprenaient rien.

                   A l’école le problème est resté car la méchanceté des enfants, quand ils sont en groupe, est bien connue. Les railleries incessantes ont recroquevillé la petite fille dans sa coquille et fait d’elle une réticente à toute forme d’enseignement. Ah, bien sûr que les garçons ont cessé leurs moqueries quand des formes appétissantes sont apparues sous le corsage et que les fesses rebondies ont remplies jupes et pantalons moulants. Les filles moins privilégiées par dame nature ont redoublé de haine.

                 Un chauffard, sans permis de conduire mais plein d’alcool, ayant emporté maman qui traversait tranquillement  un passage pour piéton, papa est tombé dans l’infernale spirale de la boisson. Il a perdu un emploi déjà rendu vacillant par une prochaine vague de licenciement et quand l’ainé s’est engagé dans les paras, l’enfer a commencé pour la belle adolescente de quinze ans. Un jour, une flamme dangereuse s’est allumée dans le regard du père quand elle se dénudait pour aller prendre une douche. Il n’a pas osé mais la petite a fugué.

                    A sa troisième tentative un groupe de marginaux, squattant une vieille usine désaffectée dans le sixième arrondissement de Lyon, s’enrichit d’une belle n’ayant pas encore ses dix sept printemps. Les hommes sont contents de la nouvelle,  pleine de hachich ou de marie elle est toujours disponible pour un gros câlin…Il ne faudra pas longtemps pour que son ventre s’arrondisse. Un des potes, un des amants, avec ses trois années de médecine est surnommé Doc, c’est lui qui mettra au monde un beau bébé.

                            -Celui-là, y a pas à dire, il est de Mohamed, c’est son portrait tout craché !

                    Non loin du squat Pat a repéré une rue tranquille où quatre maisons font face au long mur décrépis d’une imposante propriété. Une de celles-ci abrite une nombreuse famille d’origine magrébine. Certainement des gens aisés car c’est une grosse Mercedes de belle cylindrée qui dort dans le garage. Pat a observé que deux des enfants males étaient bien grands, déjà des adultes, l’un d’entre eux dépassant probablement vingt deux ou vingt trois ans. C’est devant leur porte qu’elle abandonnera son enfant.

                  A huit heures du soir un petit être endormi est laissé face à son destin inconnu avec un simple petit mot explicatif sous sa légère couverture : IL EST DE VOTRE SANG. Pas de procédure d’adoption, les parents vont faire croire que le bébé est né à la maison, fils indigne de Aïda, qui n’a que seize ans et qui est revenue il  a peu de temps d’Algérie. La honte de la famille  l’aurait gardée cachée  sous le toit paternel. Un ami médecin, prévenu de la singulière situation, accepte de signer un document attestant qu’il a mis au monde le bébé.

                  Le fils d’Albertine s’appellera désormais Armed Youssouf Berka.

 

                                          ************************

 

                   Au plaisir manifeste de papa maman, dés l’âge de quatorze ans, ce petit doué fréquentera une école coranique de réputation à Vénissieux dans la proche banlieue lyonnaise. Centre religieux où, hélas, on enseigne plus la violence de l’Islam que la grande bonté qu’il contient également. Les bourrages de crânes « déshumanisateurs » seront efficaces.

                   Le citoyen français Armed Youssef Berka part à dix huit ans pour un voyage touristique d’agrément…en Afghanistan. Il va mourir, criblé de balles, en criant Allah est grand ! Les Mollahs, ces fous de Dieu, vont faire de lui un héros ayant donné sa vie pour la Guerre Sainte, ignorant complètement que cet homme aurait pu tout aussi bien s’appeler d’un acceptable Henri Monfort mais également d’un abominable Samuel Moïse Sabba.

 

 

 

                                          Chapitre 4.

                                           ….La vraie maison.

                        Un an de bataille, d’avocats, d’enquêtes, de psys, des quiatres et des cologues, d’assistantes sociales, d’association de protection de l’enfance, de différents juges mais enfin ils y sont parvenus. Le  bébé abandonné devant la porte de la rue, un fait oublié maintenant mais dont toute la presse avait parlé à l’époque, le petit garçon donc, est bien de la famille.

                   La vraie mère ? La police à suivi les traces d’une certaine Patricia disparue d’un squat des environ. Personne ne la retrouvera jamais, elle repose anonyme, bien loin dans le carré aparté d’un grand cimetière, un dernier shoot volontairement surdosé l’a ôtée des griffes de ce monde cruel.

                  L’enfant ne recevra aucune éducation religieuse, seul l’amour lui sera inculqué. Hors des connaissances prétendues indispensables acquises à l’école, puis au lycée et enfin à l’université, la famille Richard le préparera peu à peu à devenir un homme libre de toute contrainte, qu’elle soit idéologique, politique ou religieuse. Aucune chape d’obscurantisme ne va le recouvrir et la lumière d’une vie sans chaîne éclairera son chemin.

                   Abandonnant ses acquits, ses diplômes, surdoué pour les manualités, il va se consacrer à plus de trente cinq ans, en repartant à zéro, au beau métier d’ébéniste marqueteur.

                                    Noé Richard est.

                

 

                      xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

                                

 

                           

            Albertine aurait-elle accouché de quatre enfants différents ? Dans quelle maison devient-il un homme digne de ce nom ?

            Nous naissons soi-disant  libres et égaux mais hélas de parents enfermés dans des geôles très disparates appelées religions. Dans ces trompeuses prisons, leurs enfants avancent tous vers  le même futur, celui des incarcérés à vie. Tristes individus qui se croient de bonne foi des hommes… ce ne sont que des effigies vivantes de pâte à modeler. Les façonneurs tiennent ainsi le destin du monde entre leurs mains cupides.

vendredi 27 janvier 2012 17:20


lA DISPARITION DE L'HYPOPOTRALAMUSSE

                                           LA DISPARITION DE L’HIPPOPOTRALAMUSSE.

 

                                         Ou : Triple concentré de tomate     assassine.

 

 

                         Le mâle broute tranquillement sa chère herbe sacrée d’une belle couleur bleu cerise. Il lorgne du coin de l’un de ses trois gros yeux bien ronds son harem de petites femelles qui, elles aussi, paissent dans le champ voisin du troisième sous-sol du dessus.

                         Plus que tout, l’animal est attentif à l’éventuel accroissement du lobe droit de l’oreille gauche de l’une de ses compagnes, c’est là le signe évident de la manifestation d’un désir d’accouplement. La hIppapatralamasse possède en effet son organe génital récepteur juste derrière cette même oreille. D’autres espèces étaient autrefois bien différentes sur la sphéro-cube Tralamusse. Par la bêtise ou par l’ignorance, qui peuvent parfois être des synonymes, l’Hippopotralamusse a anéanti toute autre forme de vie autour de lui en n’autorisant qu’une seule agriculture, celle consacrée à la toute sacrée herbe bleu cerise.

                        Dés qu’une dame se montre disponible monsieur accoure par l’ascenseur descendant de service afin de lui rendre ses hommages. Il commence comme il se doit par d’exquis préliminaires en lui susurrant quelques mots doux, l’acte à un nom très particulier, on l’appelle le bouche à oreille.

                                        -Quelle horreur ! Ont dit un funeste jour les sacerdoces de l’unique relitigion. Les imbéciles, engoncés dans les préjugés de  leur perpétuelle ignorance, ont convaincu les hippopopoliticiens de voter une loi interdisant la pratique du préliminaire en question. Heureusement cela reste autorisé sur quelques pâturages.

                       Certains étages où la prohibition règne ont mis au point une parade qui donne d’excellents résultats. De malins hippopoadolescents ont systématiquement brisé toutes les caméras de surveillance installées par l’hippopopolice. Ils pratiquent ainsi le bouche à bouche mal vu en public, le bouche à oreille rigoureusement interdit et évitent de se retrouver nez à nez avec l’injustice, pardon, la justice tyrannique qui régit  l’ensemble du Cube-Univers.

                        Quand on pense qu’il y a seulement quelques millions d’années le clergé enseignait que les sphéros étaient élevés au carré. Un scientifique ayant découvert la vérité s’est vu renier ses  savants calculs pour non-adéquation aux textes sacrés. Sous peine d’être condamné à brouter un bûcher d’herbe verte qui vous expédie directement dans les flammes de l’enfer, il a brulé en pleurant les preuves de la cubicité des sphéros carrées.

                          Dans la constellation, des milliards de sphéros-cubes mères assurent l’énergie nécessaire à toutes les activités de leurs innombrables satellites respectifs. Le système dont dépend Tralamusse  se situe au bord de l’extrème droite du premier Cube-univers.

                          Les textes sacrés enseigneraient l’existence d’un deuxième univers à trois infinis au cube de distance dans l’une des parallèles du Nord-Sud-est. Néanmoins, aucune preuve tangible n’en n’a jamais été montrée à quiconque. Les relitigieux cacheraient-ils quelque chose au commun des Hippopotralamusse ?

                          Le commandement du début de la fin va venir du cent douzième sous sol du quatrième étage des pâturages. Cet endroit, totalement aparté, inaccessible y compris pour les sacerdoces, est appelé d’un étrange nom : le Paradis.

                          Une expérience, on le dit (et à Tralamusse On n’est pas un con), y est menée par le tout puissant Cube-Créateur qui doit s’en donner à cœur-joie. Il y aurait dans ce lieu mistérieux deux prototypes de nouveaux Hippopotralamusses, un mâle et une femelle. Tout est à leur porté mais curieusement rien n’est permis par le machiavélique suprême grand savant.

       La tentation de tous les délices, y compris celui de la succulente herbe verte, est permanente. Aucune autre barrière que la volonté pour combattre les inévitables pulsions interdites ; or, sadiquement, le Cube-Créateur a oublié d’injecter un peu de cette qualité au moment de la conception des deux cobayes. Pire encore, le droit à la compréhension, au savoir, leur est également formellement interdit.

                         Plan diabolique, esprit tortueux de celui qui attend le prévisible  premier faux pas pour pouvoir punir avec délectation.

                         Dans bien d’autres niveaux paissent tranquillement, inconscients du germe maléfique qui va les détruire, des dizaines de milliard d’individus au cube qui sont déjà condamnés.

                         L’Hippopotralamusse est dorénavant pacifique mais il a été guerrier autrefois. Avant l’obligation de l’écranplat sur tous les pâturages, fabuleux appareil à ratatiner les possibilités cérébrales, l’espèce ne se contentait pas  seulement de paître. Elle rêvait aussi de meilleures prairies, d’une herbe différente : d’une autre couleur par exemple. Pour assouvir leurs désirs voir leurs ambitions (certains prétendent que c’est du kif kif, vieille expression venue d’on ne sait où), ils n’hésitaient pas à s’assembler en grand nombre sur de vastes champs appelés de bataille.

                           Maintenant tout est renté dans l’ordre, l’écranplat est là en permanence, les Hippopotralamusses sont bêtement poussés à la consommation à outrance de la seule herbe autorisée : la bleu cerise.

                           Où cela mène-t-il ? Mais voyons, dés que la toison d’un individu est suffisamment conséquente, il passe dans la machine automatique à tondre inventée par les scientifiques ; la laine aussitôt est retransformée en herbe et le tour est bouclé, plutôt le cube est cubé. Quant un Hippopotralamusse atteint l’âge de limite d’utilisation, à un quart d’éternité huit jours et dix secondes, l’on vient discrètement le chercher afin qu’il ne souffre pas.

                            Les méchants crétins au cube de relitigieux ont enfin compris que la dégradation inutile dans d’effroyables douleurs, ou dans un état de légume irréversible, ne faisait pas avancer l’Humanihippopotralamusse.

                             Il y ait fort longtemps que la parole a été ôtée à l’espèce brouteuse, sauf aux prédicateurs et aux hippopopoliticiens, (souvent tous confondus dans le même panier percé), elle leur reste nécessaire pour distiller leur venin mensonger. Alors l’individu de base a développé la lecture de la pensée, possibilité incluse depuis toujours dans le cerveau mais complètement tombée en désuétude. Les faiseurs d’embrouilles, les Enarcotralamusses, ont donné il y à au moins six millions des nanosecondes l’ordre aux savants d’arrêter ce fléau : la pensée devait être interdite. Les ondes nocives utilisées n’ont fait que de donner la grosse tête aux Enarcos sans aucun autre résultat.

                          Rien ne peut donc empêcher les rumeurs.

                          On dit que, dans certains étages cachés de quelques sous sols perdus, s’entassent  d’énormes quantités de laine à herbe bleu cerise. On dit que cela serait par peur du lendemain, par cupidité, par orgueil de puissance, soif de domination etc.etc. Décidément, ceux qui dirigent n’hésitent pas à utiliser toutes les armes qu’ils ont interdites en publiant les textes sacrés.

                          Au cent douzième sous sol du quatrième étage, le Cube créateur perd patience. Les prototypes ne tombent pas dans le piège pourtant bien ficelé. Il va lui falloir introduire une fois de plus des éléments déclencheurs, des sortes de détonateurs. Comment diantre avait-il fait la dernière fois ?

                                    -Ah oui, il me faut un arbre à dés, de beaux dés bien juteux couleur vert pomme. S’ils ne veulent toujours pas mordre  à l’hameçon, j’enverrai mon ultime ressource :

 le diable sans patte à la langue fourchue. Créature longuement peaufinée pour confondre les innocents.

                         Tralamusse tout comme son système, sa galaxie et son univers entier est constituée d’une multitude de niveaux réservés aux prairies d’herbes bleu cerise, de tiroirs, de sous-sol et d’étages, mais où est donc cultivé le végétal interdit ? Les plans du puzzle sphéro-cubique sont si coriaces qu’ils en feraient baver Tantale, seuls d’invisibles fils d’Ariane permettent à quelques hippopopoliticiens, hippopopoliciers et à de rares sacerdoces relitigieux de se déplacer et encore, dans des espaces souvent restreins.

                       La grande majorité des seulement bons-à-brouter se perdraient dans le jeu compliqué des ascenseurs sans fin et rapidement seraient morts de faim. Dans ces cas assez rares, des spécialistes viennent les ramasser pour les réintroduire, on le dit encore, dans le circuit de la fabrication de l’herbe verte…rumeurs…rumeurs.

                         Parfois certains fous refusent de se laisser tondre. Parfois certains jeunes pensent trop fort en expriment des idées de rébellion. Certains, faute de pouvoir brouter l’herbe défendue, fume la bleu cerise sacrée et deviennent des accropopotralamusses.  Dangereux individus plus facile à condamner qu’à guérir. Tous ces révisionnistes révolutionnaires sont pourchassés puis déportés vers des tiroirs secrets nommés prisons. On en revoit parfois quelques uns, amputés d’une partie du cerveau et ils n’ont plus qu’un seul œil : celui qui doit regarder fixement l’écranplat.

                        Les ondes cérébrales transmettent l’histoire d’un savant de génie qui aurait mathématiquement reconstitué le chemin qui mènerait au Cube-créateur ! Il aurait écouté derrière la porte du soit disant tout puissant de rares propos.

                                   -Bien sur que j’ai crée l’Hippopotralamusse à mon image : Je suis comme eux, parfois mais rarement bon, j’ai en moi le bien ET le mal, le blanc ET le noir, le positif ET le négatif, les deux cotés de la médaille en y ajoutant la tranche. Tous ces grands  zigoteaux de bouffeurs d’herbe n’ont pas compris la réciprocité. Je suis comme eux : vil, méchant, vicieux, calculateur machiavélique, aimant à faire souffrir, capable de tout mais surtout, surtout complètement impuissant, incapable de faire désormais quoi que se soit pour mes créatures. Qu’ils se démerdent.

                   Suprême danger sacrilège qui l’a fait enfermer dans un cul de basse fosse à l’horrible nom d’oubliette.

                       Dans le cent douzième sous sol du quatrième étage, le lobe gauche de l’oreille droite de mademoiselle s’allonge encore un peu et le dé piège couleur vert pomme parait plus juteux….

                       De toutes les guerres du passé, le Cube créateur a gardé une bonne quantité d’armes monstrueuses aux doux noms d’atomiques ou de nucléaires. Réparties stratégiquement dans le cube-univers elles ne manqueront pas de tout anéantir quand le dé sera croqué. Ce plan a déjà réussi une infinité au cube de fois dans le passé du futur subjonctif présent. Il a anéanti un univers pyramidalo cubique, un tout plat, un cylindrico en spirale etc. etc. etc. Cette répétition fait bien rire celui qui pense dés maintenant à sa prochaine forme.

                       Un de ces rires fous  qui provoquent des tremblements de Tralamusse en faisant hélas beaucoup de victimes.

                         Mais rien ne se perd, tout retourne à l’herbe bleu cerise. Et certainement à la verte aussi, puisse qu’elle existe. Les trafiquants, souvent protégés par les hippopopoliticiens et par des policiers (diminutif de hippopopoliciers), appelés aussi poulets, roicos, flic etc. qualifiés de ripoux, amassent eux aussi d’énormes quantité d’herbe sacrée dans des lieus non secrets mais bien gardés. Parfois même dans des paradis secondaires dont les grands chefs aiment à se comparer au Tout Puissant  Pas d’illusion, quand ça va exploser il y en aura pour tout le monde…..

                       Le Cube créateur se retient de respirer. Retiré du formol, un serpent auquel il a soufflé dans le trou du cul pour le ressusciter, susurre aux cobayes Hippopotralamusses qu’en plus du bouche à oreille, un délicieux dé vert pomme bien juteux les attend.

                                    -Allez, croquez, tant pis pour l’interdiction, regardez comme il est beau, goutez comme il est bon, autant que l’herbe de la même couleur !

                       A cet instant précis, loin dans la sixième dimension du deuxième système, un tiroir prison s’est mal refermé. Collossale erreur technique, surtout qu’il est réservé aux savants rebelles. Le premier à s’échapper, en entraine bien d’autres dans son sillage. C’est un concepteur de plan, il s’oriente donc dans les labyrinthes avec facilité, les fuyards s’emparent d’un ascenseur multidimensionnel des flics et communiquent une fausse information aux invisibles dirigeants hippopopoliticiens. Le secteur du tiroir prison serait infecté par le terrible virus H2 SO12 calibre 5O au tir d’une incroyable précision. Toujours mortel et sans sérum ni vaccin.

                        Les grands manitous n’hésitent pas devant la gravité de la situation, immédiatement derrière les savants de nouveau capables de folies, l’espace temps système est détruit, en y rajoutant un pâté de maison  tout au tour, au cas où.

                          Avec le véhicule policier, sont débloqués les verrous de toutes les prisons de rétention des libres penseurs non assermentés. Puis sont libérés à leurs tours les criminels, les odieux pécheurs n’ayant pas respecté les textes sacrés. Ceux qui ont brouté l’herbe de leur voisin.

                         Ceux qui ont péché par omission en oubliant un instant de regarder l’écranplat.

                          Ceux dont l’un des yeux s’est attardé sur le lobe gauche de l’oreille droite de la Hippapatralamasse d’un ami ou d’un frère.

                          Ceux qui ont manifesté l’orgueil d’être autre chose que de simples brouteurs.

                          Ceux qui, par flemme, refusent de paître  et donnent moins de laine.

                          Ceux qui ont voulu faire penser aux autres Hippopotralamusses qu’en réagissant ils pourraient probablement vivre mieux (les plus dangereux).

                          Ceux qui ont dit merde aux flics, aux juges, aux relitigieux et mange aux hippopopoliticiens.

                          Ceux qui ont soi-disant agi contre la nature alors qu’ils ont été créés par elle

                          Ceux pris en flagrant délit d’expédier de l’herbe sacrée dans des paradis artificiels détaxés (peu nombreux).

                          Ceux qui ont aidé les ignobles précédemment cités à préciser leurs faits et gestes ou leurs idées ; aidé à les divulguer.

                          Ceux qui ont reçu la mention inadmissible d’Inqualifiables.

                          Celui qui écrira un jour «  LA DISPÄRITION DE L’HPPOPOTRALAMUSSE »

                          Et tous les autres.

                          Le grand Cube Créateur voit tout mais s’en fou complètement. Pour lui la fin DOIT venir du cent douzième sous sol du gnagnagni gnagnagna.

                        N’empêche que… les blouses blanches longuement réprimées réussissent à shunter les connections des écranplats de tous les pâturages. Ils diffusent maintenant des programmes pour reconstituer les cerveaux atrophiés. Dangers pires que les rires du Cube Créateur ; l’univers entier tremble. Les Hippopopoliticiens qui ne savent que mentir, n’ont aucune solution. Très vite les machines à tondre montrent des signes de disfonctionnement.

                        L’hippopopolice comme d’habitude ne comprent rien, elle a été créée pour défendre un système d’annihilation cérébrale et toute autre chose la désempare. Alors elle frappe, elle cogne, elle électromatraque sur tout ce qui passe à sa portée. Jeunes ; adultes et vieux Hippopotralamusses qui courent  en débandades dans tous les sens y compris les interdits ; ils s’emparent des ascenseurs, des plans pourtant soigneusement cachés dans un ancien grenier souterrain.

                       Bigre ! Heureusement qu’il n’y a plus d’armée depuis un lustre un quart. Affolée, recevant ordres puis contre ordres, dans son désordre elle aurait probablement participé à la grande pagaille, la rendant plus meurtrière encore .Mais tout va se terminer bientôt !  

                        L’affolement général gagne tous les sous sol, tous les étages, tous les tiroirs, toutes les oubliettes. Tous les grands manitous changent d’aspect, de vêtement et se déguisent en simples brouteurs. Accompagnés des hauts dignitaires relitigieux, ils n’espèrent plus qu’une chose : que l’on ne découvre pas leurs tiroirs secrets d’entassement.

                        

                        Abomination sans pareille, le fléau s’étend sur le système et contamine on ne sait comment toute la sphéro-Cube univers !!!

                        Au Paradis d’où des hurlements s’échappent par une petite fenêtre de ventilation, la rage se manifeste.            

                                  -Ce n’est pas possible, c’est moi qui doit détruire l’univers ; MOI, MOA, je, je ME plais, mon égo au cube est génial, ces deux idiots ne croquent pas le dé et les cloportes brouteurs se révoltent. Mais c’est le cube à l’envers. A partir de dorénavant tout de suite JE, que JE n’écrirais qu’en majuscules, vais Me donner un autre nom….Voyons voir et pourquoi pas Dieu, JE trouve que ca sonne bien.

                        Tenez-vous bien Hippopotralamusses et tous les autres car vous n’êtes pas seuls contrairement à ce que vous enseignent vos minables relitigieux : vous allez promptement partir en poussière, celle que JE prétends avoir utilisée pour vous fabriquer.

                       Sachez d’où vient le coup et apprenez enfin à me redouter. Jusqu’à la nuit des temps. Bon mais …entre nous hein… la seule chose que vous ne saurez pas car jamais, jamais au triple cube, JE ne l’avouerais : c’est que  C’EST VOUS QUI M’AVEZ CREE  avec votre peur viscérale.

                       Le nouveau Dieu se planque très loin au bout de la  deuxième rue à droite en sortant, il attend avec satisfaction l’aboutissement de ses efforts, il va réussir. Loin sur Tralamusse, l’un des affolés courant en tous sens trouve refuge sous le bureau  du directeur de cabinet de l’adjoint d’un des concierges d’un hippopopoliticien. Un petit bouton rouge y est installé. La curiosité fait échouer le projet Divin (adjectif fraîchement inventé). B O U M M M M

                        Colère grandiose ; le créateur, une fois de plus impuissant, se martèle le ventre de rage. Un vent impressionnant, comme il n’en avait jamais lâché, sort de ses entrailles. Il n’a pas de culote, des particules d’on ne sait quoi volent au loin.

                          Alors, bon joueur et finalement bon perdant aussi Il, JE, Créateur, Dieu et tous les autres noms, se met à rire, mais à rire encore et sans retenue.

-         JE vois déjà des savants-cosinus, dans X milliards d’années appeler mon formidable pet…. Big-bang !

 

 

 

                                                              DEBUT.

vendredi 27 janvier 2012 16:26



ouvrir la barre
fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à pragmatiquereveur

Vous devez être connecté pour ajouter pragmatiquereveur à vos amis

 
Créer un blog